Les camemberts portant l’étiquette « Fabriqué en Normandie » retirés des rayons

Depuis le 1er janvier 2021, les camemberts qui portent l’étiquette « Fabriqué en Normandie » ne sont plus autorisés dans les rayons des commerces alimentaires. Une victoire pour les défenseurs de l’appellation d’origine protégée, qui attendaient cette décision depuis longtemps.

Par Jean • le 22 janvier 2021

Une décision en faveur de l’appellation d’origine protégée

Le conflit dure depuis 20 ans : d’un côté, les petits producteurs normands de camembert, qui bénéficient d’une appellation d’origine protégée (AOP) en échange du respect d’un cahier des charges strict ; de l’autre côté, les grands groupes de l’industrie laitière, qui tiraient profit depuis longtemps d’une certaine confusion induite chez le consommateur.

 

Jusqu’ici, la différence entre les camemberts bénéficiant de l’AOP et les autres était ténue. Sur l’étiquette d’un camembert AOP devait figurer la mention « De Normandie », tandis que sur les autres étaient acceptés les mots « Fabriqué en Normandie ».

La référence, dans les deux cas, à la Normandie, profitait aux industriels comme Lactalis, Isigny Sainte-Mère ou encore Savencia, alors même qu’ils ont fait le choix de ne pas se plier au cahier des charges exigeant des camemberts AOP.

En effet, contrairement aux producteurs AOP, qui doivent obligatoirement utiliser du lait cru de Normandie moulé à la louche, les grands groupes fabriquent leurs camemberts avec du lait pasteurisé ou thermisé qui n’est pas nécessairement normand, ni même français.

Une longue bataille pour les petits producteurs de camembert

Le 9 juillet 2020, après deux décennies de conflit à ce sujet entre les petits producteurs et les industriels, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a tranché : désormais, les camemberts industriels ne pourront plus porter l’étiquette « Fabriqué en Normandie ». Les industriels bénéficiaient d’un délai pour écouler leurs produits déjà étiquetés, délai qui a pris fin le 31 décembre 2020.

Dans l’avis publié à la une de son Bulletin officiel, la DGCCRF précise que « l’étiquetage des produits ne doit pas être de nature à induire en erreur le consommateur et de nature à usurper des appellations d’origine protégées et des indications géographiques protégées ».

Cette clarification intervient après de nombreux recours intentés par les petits producteurs au fil des ans. En 2018, une concertation avait même été lancée pour tenter de trouver un accord susceptible de satisfaire les industriels et les petits producteurs, mais elle s’était soldée par un échec début 2020. L’idée était alors de regrouper sous une même AOP régionale les deux types de camemberts, ce qui n’avait satisfait aucune des deux parties.

Le camembert est le fromage préféré des Français, et le marché est loin d’être négligeable : 60 000 tonnes de camemberts industriels sont commercialisées chaque année, ainsi que 6000 tonnes de camemberts AOP.